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Le Gourou démasqué

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CHAPITRE 6 — Le Gourou Démasqué

9h00, 17 juillet 2025 Bureau du Procureur, La Roche-sur-Yon


La justice française a cette capacité remarquable de transformer n'importe quelle tragédie humaine en montagne de paperasse administrative. Un meurtre devient des formulaires. Une escroquerie devient des tableaux Excel. La souffrance humaine se dilue dans des articles de loi cités avec la précision maniaque de comptables sous Ritaline.

J'étais assis dans le bureau du procureur Matthieu Delacroix — un homme dans la cinquantaine au regard fatigué de quelqu'un qui a vu trop de conneries humaines et décidé que la seule réponse appropriée était de tout classer en catégories juridiques. Fracas, à côté de moi, tripotait nerveusement sa cravate du jour (des chats en méditation, parce que l'univers a le sens de l'humour d'un troll cosmique).

"Donc," dit Delacroix en feuilletant notre rapport de cent quarante-trois pages, "homicide involontaire pour Aurore Delombre. Vol de testament. Destruction de preuve. Entrave à la justice. On part sur combien?"

"Dix ans," répondis-je. "Huit avec bonne conduite si elle coopère pleinement."

"Et pour Patrick Dubreuil, alias Solarian Léandre?"

"Escroquerie en bande organisée. Abus de faiblesse sur personnes vulnérables. Exercice illégal de la médecine — il prescrivait des 'soins énergétiques' pour des problèmes de santé réels. Fraude fiscale. Blanchiment."

Delacroix siffla doucement.

"Vous avez été occupés."

"On a juste gratté la surface. Si on creuse, je parie qu'on trouve une douzaine d'autres camps similaires, des centaines de victimes, des millions d'euros détournés."

"Thierry Monceau?"

"Vol sur cadavre. Recel. Il coopère pour obtenir une réduction de peine. Cinq ans, probablement."

"Mélisande Vaugeois?"

"Possession de stupéfiants sans ordonnance. Exercice illégal d'activités thérapeutiques. Mais elle est surtout une victime. Avec sursis et obligation de soins."

Delacroix hocha la tête, nota quelque chose, puis leva les yeux vers moi avec cette expression caractéristique des procureurs qui s'apprêtent à demander quelque chose de désagréable.

"Commissaire Fatum, j'ai besoin que vous témoigniez au procès. Avec tous les détails. L'ambiance du camp, les méthodes de manipulation, la vulnérabilité des participants."

"Évidemment. Rien ne me ravit davantage que de passer trois heures dans un tribunal à décrire des gens nus qui parlent de chakras."

"Votre enthousiasme me touche profondément."

Fracas pouffa. Je lui écrasai le pied sous la table.


11h30 Maison d'arrêt de La Roche-sur-Yon — Dernière confrontation avec Solarian

Patrick Dubreuil n'avait plus rien du gourou charismatique. Assis dans le parloir carcéral, vêtu d'un survêtement gris réglementaire, les cheveux attachés en queue de cheval défaite, il ressemblait exactement à ce qu'il était : un homme de cinquante-deux ans qui venait de comprendre que sa vie d'arnaqueur spirituel venait de s'effondrer comme un château de cartes dans un ouragan bureaucratique.

"Commissaire Fatum," dit-il d'une voix rauque. "Vous êtes venu pour me narguer?"

"Non. Je suis venu pour comprendre."

Il me regarda, surpris.

"Comprendre quoi?"

"Comment un ancien commercial en assurances décide un jour de devenir un gourou ésotérique. Quel est le moment précis où Patrick Dubreuil meurt et Solarian Léandre naît?"

Il eut un rire amer, sec, qui résonnait contre les murs beiges du parloir.

"Vous voulez vraiment savoir?"

"Oui."

Il s'adossa à sa chaise. Ses yeux se perdirent dans un passé que seul lui pouvait voir.

"2012. Divorce. Perte de mon boulot. Trois cent mille euros de dettes de jeu. J'étais au fond. Vraiment au fond. Un ami m'a emmené dans un stage de développement personnel. Cinq cents euros le week-end. J'y suis allé par désespoir."

"Et?"

"Et j'ai vu le mec qui animait le stage. Un charlatan total. Il racontait n'importe quoi — loi de l'attraction, énergies universelles, réincarnation karmique — tout le package New Age vendu à des cadres déprimés et des divorcées en quête de sens. Et ils y croyaient. Ils payaient. Ils revenaient."

Fracas prenait des notes. Moi, j'écoutais. Vraiment écoutais.

"Ce jour-là, j'ai compris quelque chose," continua Dubreuil. "Les gens ne veulent pas la vérité. Ils veulent une histoire qui rende leur souffrance supportable. Ils veulent croire que l'univers a un plan. Que leurs échecs sont des leçons. Que leur douleur a un sens. Et si tu leur vends cette histoire avec suffisamment de conviction, ils te suivent."

"Donc vous avez décidé de devenir cette histoire."

"Oui. J'ai lu des livres. Des tonnes de livres. Bouddhisme pour débutants, tantra occidental, chamanisme pour les nuls. J'ai créé un personnage. Solarian Léandre. Un nom qui sonne mystique mais accessible. J'ai inventé une backstory — voyage initiatique au Maroc, vision dans le désert, révélation cosmique. Du vent. Mais du vent convaincant."

"Et ça a marché."

"Au-delà de mes espérances. Le premier stage, j'ai eu douze participants. Huit cents euros chacun. Neuf mille six cents euros en un week-end. Plus que je ne gagnais en deux mois comme commercial. J'ai compris que j'avais trouvé ma voie."

Il rit encore. Un rire qui ressemblait à celui d'un homme qui vient de comprendre la blague cosmique dont il est la chute.

"Le pire, commissaire? C'est que j'ai commencé à y croire moi-même. Pas complètement. Mais un peu. Quand tu passes dix ans à raconter que l'univers est bienveillant et que tout a un sens, une partie de toi commence à le penser. C'est ça, le vrai piège du mensonge : tu deviens ton propre arnaqué."

Fracas leva les yeux de son carnet.

"Mais vous voliez quand même les gens," dit-il d'une voix où perçait l'indignation. "Genre, carrément, vous saviez que c'était du flan."

"Oui. Je savais. Mais je me disais que si les gens se sentaient mieux, si ça les aidait à vivre, alors c'était pas vraiment voler. C'était… vendre du bonheur."

"Du bonheur à huit cents euros la semaine avec des cristaux AliExpress," dis-je platement.

"Exactement."

Je le regardai. Cet homme qui avait construit un empire de mensonges sur la vulnérabilité humaine. Et je réalisai quelque chose de dérangeant : il n'était pas un monstre. Il était juste pathétique. Un raté qui avait trouvé un moyen de monétiser le désespoir des autres tout en se mentant suffisamment à lui-même pour dormir la nuit.

"Josiane Montclair," dis-je. "Vous la considériez vraiment comme une amie?"

Son visage se crispa.

"Oui. Vraiment. Elle était… elle était gentille. Généreuse. Naïve, mais sincère. Quand elle a annoncé qu'elle voulait léguer cent mille euros au camp, j'étais partagé. Une partie de moi était heureuse — je pouvais rembourser mes dettes, développer le projet. L'autre partie savait que je ne le méritais pas."

"Mais vous avez quand même accepté."

"Oui. Parce que je suis faible. Parce que les dettes me terrifiaient plus que ma conscience."

Silence.

Pesant. Définitif.

"Monsieur Dubreuil," dis-je en me levant, "vous allez passer les prochaines années en prison. Vous allez avoir beaucoup de temps pour méditer sur vos choix. Ironiquement, c'est exactement ce que vous vendiez aux autres : du temps pour réfléchir. Sauf que vous, vous ne payez pas huit cents euros. Vous payez avec votre liberté."

Il hocha la tête. Acceptation résignée.

"Commissaire… une dernière question."

"Oui?"

"Vous croyez au pardon?"

Je réfléchis. Longuement.

"Je crois que certaines personnes méritent le pardon. Vous? Je ne sais pas. Demandez à Josiane. Oh, attendez. Vous ne pouvez pas. Elle est morte."

Je sortis. Fracas me suivit. Dans le couloir, il murmura :

"Patron… c'était dur."

"Oui. Mais vrai."


14h00 Camp "L'Éveil Solaire" — Fermeture définitive

Le camp était méconnaissable. Les yourtes démontées laissaient des cercles de terre tassée — stigmates d'un rêve éphémère. Les guirlandes de drapeaux tibétains pendaient mollement, délavées par le soleil et la désillusion. Le cercle de pierres restait, muet témoin d'un projet qui avait basculé du spirituel au criminel.

Les derniers participants chargeaient leurs voitures. Certains en silence. D'autres en discutant à voix basse, échangeant des numéros, promettant de rester en contact (mensonge social caractéristique des gens qui ne se reverront jamais).

Gérard Bontemps et Sylvie Moreau nous virent arriver. Ils s'approchèrent, main dans la main — un geste touchant chez deux septuagénaires qui venaient de comprendre que leur communauté spirituelle était une arnaque mais que leur amitié, elle, était réelle.

"Commissaire," dit Gérard. "On voulait vous remercier."

"Me remercier? J'ai détruit votre camp."

"Non. Vous avez révélé la vérité. C'est différent."

Sylvie hocha la tête. Ses cheveux blancs courts brillaient sous le soleil vendéen.

"On va recréer quelque chose," dit-elle. "Un vrai espace naturiste. Sans gourou. Sans business. Juste des gens qui veulent vivre simplement, librement, honnêtement."

"Vous avez trouvé un terrain?"

"Pas encore. Mais on cherche. Et cette fois, ce sera différent. Démocratique. Transparent. Avec des comptes publics et des décisions collectives."

Je regardai ces deux vieillards idéalistes qui refusaient de laisser une arnaque détruire leur foi en l'humanité. C'était touchant. Ou pathétique. Difficile à dire.

"Bonne chance," dis-je sincèrement.

Gérard me serra la main. Sylvie embrassa Fracas sur les joues (il rougit violemment, évidemment).

Ils s'éloignèrent vers leur voiture. Sur le pare-chocs arrière, un autocollant proclamait : "La nudité est une liberté, pas un commerce."

"Patron," dit Fracas une fois qu'ils furent partis, "tu crois qu'ils vont réussir?"

"Non. Mais j'espère qu'ils vont essayer."


15h30 Dernière inspection — La yourte de Josiane

Avant la fermeture définitive du site, je voulais retourner dans la yourte de Josiane. Pas pour chercher des preuves — l'enquête était bouclée. Juste pour… je ne sais pas. Rendre hommage? Comprendre? Exorciser quelque chose?

Fracas m'accompagna sans poser de questions. Il avait appris, au fil des enquêtes, que parfois j'avais besoin de ces moments silencieux où la raison laisse place à quelque chose de moins rationnel. Appelons ça de l'empathie rétrospective.

La yourte était vide. Les gendarmes avaient tout saisi — le lit, les effets personnels, les livres de développement personnel qui promettaient l'éveil et n'avaient livré que la mort. Seul restait le tapis de sol, taché et froissé, témoin muet d'un accident qui avait changé des vies.

"Elle cherchait juste du sens," murmurai-je. "Une veuve riche qui avait tout sauf une raison de se lever le matin. Et elle a cru le trouver ici. Dans un camp dirigé par un escroc avec des dreadlocks."

"C'est triste," dit Fracas.

"Non, Fracas. C'est humain. On cherche tous du sens. Certains le trouvent dans la religion. D'autres dans le travail. D'autres dans des camps naturistes vendéens. Le problème, c'est quand on fait confiance aux mauvaises personnes pour nous aider à le trouver."

Je fis le tour de l'espace vide. Mes pas résonnaient sur le plancher de bois.

"Tu sais ce qui me met en colère?" dis-je soudain. "Pas qu'Aurore l'ait tuée accidentellement. Les accidents arrivent. Ce qui me met en colère, c'est que Josiane est morte en croyant que Solarian était sincère. Elle est morte en pensant qu'elle faisait quelque chose de bien. Elle n'a jamais su qu'elle se faisait arnaquer."

"C'est mieux comme ça, non? Elle est morte heureuse."

"Non, Fracas. Elle est morte ignorante. Et l'ignorance n'est pas le bonheur. C'est juste l'absence temporaire de vérité."

Nous sortîmes de la yourte. Le soleil déclinait lentement, projetant des ombres longues qui transformaient la pinède en théâtre expressionniste.

Fracas trébucha sur une racine.

Vacilla.

Agita les bras comme un moulin ivre.

Et percuta le panneau "L'Éveil Solaire" qui était appuyé contre un arbre.

Le panneau bascula.

Tomba face contre terre.

Révélant, au dos, griffonné au marqueur noir :

PROJET ÉVEIL LUNAIRE — AURORE — SEPTEMBRE 2025

"Oh merde," souffla Fracas. "Elle avait déjà commandé son propre panneau."

Je contemplai ce bout de bois qui résumait toute l'ironie de l'affaire. Aurore n'avait pas tué Josiane par méchanceté. Elle l'avait tuée par ambition. Par désir de créer son propre empire spirituel. Par refus de voir quelqu'un d'autre réussir avec une formule qu'elle considérait corrompue.

"Fracas," dis-je, "tu viens de découvrir la dernière pièce du puzzle. Aurore n'était pas juste jalouse de Solarian. Elle voulait le remplacer. Être la nouvelle gourou. Et Josiane était son ticket d'entrée."

"Donc c'était vraiment prémédité?"

"Non. L'intention était là. Mais le meurtre était accidentel. C'est ça qui rend cette affaire tragique plutôt que monstrueuse. Deux femmes qui voulaient toutes les deux quelque chose de légitime — l'une du sens, l'autre de l'indépendance — et qui se sont rencontrées au mauvais moment avec les mauvais mots."

Je pris une photo du panneau. Pour le dossier. Pour l'histoire. Pour me rappeler que même les intentions les plus pures peuvent produire des catastrophes quand elles sont contaminées par l'égo et le désespoir.


17h00 Route du retour — Débriefing philosophique

Dans la Peugeot qui nous ramenait vers la civilisation (ou du moins vers un endroit avec du café buvable et une connexion WiFi stable), Fracas brisa le silence.

"Patron… cette enquête était chelou."

"Toutes les enquêtes sont chelou, Fracas. C'est dans la description du poste."

"Non, mais carrément. Genre, tout le monde mentait, mais personne n'était vraiment méchant. Solarian était un escroc, mais il croyait à moitié à son propre discours. Aurore voulait voler, mais elle voulait aussi créer quelque chose de bien. Méli était accro, mais elle essayait de s'en sortir. Thierry était un cambrioleur, mais il a pas tué."

"Et ton point est?"

"Que les gens sont compliqués. Que c'est pas noir ou blanc. Que même les criminels ont des raisons."

Je le regardai. Ce gamin de trente ans qui découvrait progressivement que la vie n'était pas un manuel de procédure avec des catégories bien définies.

"Fracas, tu viens de comprendre quelque chose que la plupart des flics mettent vingt ans à intégrer. Les monstres existent. Mais ils sont rares. La plupart des criminels sont juste des gens ordinaires qui ont fait des choix catastrophiques dans des moments de faiblesse."

"Ça rend le boulot plus dur ou plus facile?"

"Plus triste."

Il hocha la tête. Contempla le paysage vendéen qui défilait — pins maritimes, panneaux publicitaires vantant des campings quatre étoiles, ronds-points ornés de sculptures municipales d'une laideur agressive.

"Hector… tu crois qu'on fait une différence?"

"Oui. On arrête les gens qui méritent d'être arrêtés. On protège ceux qui méritent d'être protégés. C'est pas glamour. C'est souvent décevant. Mais c'est nécessaire."

"C'est tout?"

"Non. Parfois, on découvre des vérités que les gens préféreraient ignorer. On révèle des mensonges que les gens préféreraient croire. On transforme le chaos en narratif compréhensible. C'est pas rien."

Il sourit. Ce sourire sincère qui me rappelait pourquoi, malgré toute sa maladresse catastrophique et ses cravates improbables, il était exactement le partenaire dont j'avais besoin.

"Patron… tu crois que le naturisme, c'est vraiment libérateur?"

Je le regardai. Vraiment regardai. Avec toute l'incrédulité que cette question méritait.

"Fracas. On vient de passer quatre jours à enquêter sur un meurtre dans un camp naturiste. On a vu quarante-cinq personnes nues qui mentaient, manipulaient, volaient, et s'entretuaient. Et ta conclusion, c'est de te demander si le naturisme est libérateur?"

"Bah… ouais?"

Je soupirai. Un soupir cosmique qui portait toute la lassitude accumulée de trois décennies à côtoyer l'absurdité humaine.

"Fracas, si tu veux te promener à poil dans une pinède, c'est ton droit. Mais si tu m'invites à ton camp naturiste démocratique autogéré, je démissionne et je deviens gardien de parking."

"Deal."


19h30 Commissariat — Rapport final

Le rapport final faisait cent soixante-treize pages. Cent soixante-treize pages qui résumaient quatre jours d'enquête, quarante-cinq suspects, un meurtre, une escroquerie, et l'effondrement complet d'un projet spirituel aussi sincère qu'une pub pour des lames de rasoir.

Je signai la dernière page. Fracas tamponna les annexes. Le capitaine Leclerc relut l'ensemble avec l'attention maniaque d'un comptable avant un audit fiscal.

"C'est du bon travail, commissaire Fatum," dit-elle.

"Merci."

"Vous pensez que ça va changer quelque chose? Que les gens vont arrêter de croire à ces charlatans?"

"Non. Demain, un autre Solarian va ouvrir un autre camp. Avec un autre nom, un autre discours, les mêmes promesses. Et des gens vulnérables vont croire. Parce que l'alternative — accepter que l'univers est indifférent et que la vie n'a pas de sens préétabli — est trop terrifiante."

"C'est cynique."

"C'est réaliste."

Elle me serra la main. Puis serra celle de Fracas (qui rougit, parce qu'une femme en uniforme lui adressait la parole).

"Au fait, inspecteur Fracas," dit-elle avec un sourire en coin, "votre talent pour casser des trucs et découvrir des preuves est remarquable. Vous devriez le mettre sur votre CV."

"Euh… merci?"

Nous sortîmes du commissariat. La nuit vendéenne était tombée — douce, étoilée, indifférente aux petites tragédies humaines qui se jouaient sous son regard cosmique.

"Patron," dit Fracas, "on fait quoi maintenant?"

"On rentre. On dort. On oublie cette enquête jusqu'au procès. Et on attend la prochaine connerie humaine qui nécessitera notre intervention."

"Ça sonne carrément déprimant."

"Bienvenue dans ma vie, Fracas."

Nous montâmes dans la Peugeot. Le moteur toussa avant de démarrer — symptôme caractéristique d'un véhicule de service qui avait vu trop d'enquêtes et rêvait secrètement de la retraite.

Et pendant que nous roulions vers nos hôtels respectifs, je pensai à Josiane Montclair.

Une femme qui cherchait du sens et qui avait trouvé la mort.

Une femme qui croyait aux vibrations cosmiques et qui avait rencontré la brutalité physique de l'étranglement.

Une femme qui voulait léguer son héritage à un monde meilleur et qui avait financé une arnaque.

C'était triste.

Mais c'était l'histoire humaine résumée en une enquête de quatre jours dans une pinède vendéenne.

On cherche. On espère. On se trompe. On meurt.

Et quelqu'un, quelque part, écrit un rapport de cent soixante-treize pages pour expliquer pourquoi.