← La bourrine aux mogettes

La trahison du Maire

📖 Chapitre 5 ⏱️ 12 min
Chapitre 6 sur 10 (60%)

CHAPITRE 5 : La Trahison du Maire


19h00, mercredi 27 février 2025 Salle d'interrogatoire, Gendarmerie de Saint-Hilaire-de-Riez


Yann Giraudeau transpire.

Non, c'est inexact. Yann Giraudeau ne transpire pas — il se liquéfie. C'est un processus de décomposition hydrique que je n'ai vu que chez trois catégories de personnes : les suspects coupables, les témoins terrorisés, et les politiciens locaux confrontés à leurs propres turpitudes. Giraudeau semble appartenir aux trois catégories simultanément, ce qui est un exploit administratif remarquable.

Il est assis face à moi dans la petite salle d'interrogatoire de la gendarmerie — murs gris institutionnels, table métallique froide, néon blafard qui grésille comme une conscience défectueuse. Ses mains tripotent nerveusement un mouchoir déjà trempé, qu'il a sorti d'une poche apparemment sans fond contenant une réserve stratégique de tissus absorbants. Son front brille sous la lumière artificielle avec l'éclat huileux d'une poêle trop chaude. Son costume gris, probablement acheté lors d'une braderie de soldes en 2003, est froissé aux endroits stratégiques où le stress s'accumule en plis textiles.

Il a l'air d'un homme qui a compris que le mensonge, cette structure complexe qu'il a bâtie avec soin pendant des années, est sur le point de s'effondrer comme un château de cartes dans une tempête administrative.

Fracas est assis à ma droite, carnet ouvert, stylo prêt. Il porte aujourd'hui des chaussettes à motifs de flamants roses que j'ai aperçues quand il s'est assis et que son pantalon a remonté. Je ne fais plus de commentaires. C'est comme critiquer l'uniforme d'un clown pendant un enterrement : techniquement justifié, mais cosmiquement inapproprié.

— Monsieur le Maire, je commence avec la douceur d'un rouleau compresseur attaquant une route départementale, parlons de votre père.

Giraudeau sursaute comme si je venais de le gifler avec une truite congelée.

— Mon… mon père ? Pourquoi mon père ? Il est mort en 2015. Quel rapport avec Malvaux ?

— Votre père, Robert Giraudeau, était conseiller municipal en 1987. Il voulait acheter des terres dans le Marais Breton pour un projet de zone commerciale. Marguerite Vrignaud refusait de vendre. Et puis, mystérieusement, Marguerite est morte. Le 14 mars 1987. D'une "crise cardiaque". Très pratique.

Le visage de Giraudeau passe du rouge tomate au blanc fromage en trois secondes exactement. C'est un caméléon émotionnel.

— C'est… c'est des rumeurs. Des racontars de village. Mon père était un homme bien. Il a jamais…

— Votre père a tué Marguerite Vrignaud, je l'interromps avec la délicatesse d'un marteau-piqueur. Et vous le savez. Vous l'avez toujours su.

Silence.

Un silence si épais qu'on pourrait le tartiner sur du pain et le servir en apéritif.

Giraudeau ouvre la bouche, la referme, l'ouvre à nouveau. Il ressemble à un poisson rouge confronté à l'absurdité existentielle de son bocal.

— Je… Non… C'est pas vrai…

— Monsieur le Maire, j'ai un témoin. Un témoin qui avait onze ans en 1987. Un témoin qui a entendu votre père menacer Marguerite la veille de sa mort. Un témoin qui a trouvé Marguerite morte le lendemain, empoisonnée. Un témoin qui s'appelle Joël Renaud.

Giraudeau s'effondre. Littéralement. Son corps s'affaisse sur la chaise comme un ballon qui se dégonfle après avoir réalisé que son existence n'a servi à rien.

— Oh mon Dieu, murmure-t-il. Oh mon Dieu.

Il pleure maintenant. Des larmes silencieuses qui coulent sur ses joues rondes et transpirent avec la dignité d'un caniveau débordant.

— Vous saviez, je constate. Depuis combien de temps ?

Il renifle, s'essuie le visage avec son mouchoir détrempé, en sort un nouveau de sa poche magique.

— Depuis… depuis dix ans. Mon père était mourant. Cancer. Il m'a appelé à son chevet. Il m'a tout raconté. Marguerite. Le poison. Comment il avait mis de l'ergot de seigle dans son thé. Comment elle était morte en vingt minutes. Comment il avait arrangé les choses avec le médecin local pour que ça passe en mort naturelle.

La voix de Giraudeau est cassée, brisée, pathétique.

— Il voulait se confesser avant de mourir. Il voulait que je sache. Il m'a dit : "Je regrette rien. Elle méritait de mourir. Elle bloquait le progrès." Et puis il est mort. Trois jours après.

— Et vous avez gardé le secret.

— Qu'est-ce que je pouvais faire ? Mon père était mort ! Le rouvrir l'affaire aurait détruit ma famille ! Ma carrière ! Tout !

— Donc vous avez choisi de protéger la mémoire d'un assassin plutôt que de rendre justice à Marguerite Vrignaud.

Il ne répond pas. Parce qu'il n'y a pas de bonne réponse à ça.

Je me penche en avant, le regard fixé sur lui comme un faucon observant une souris particulièrement lâche.

— Et puis Grégoire Malvaux est arrivé. Avec son projet immobilier. Et ses recherches. Il a découvert quelque chose, n'est-ce pas ?

Giraudeau hoche la tête misérablement.

— Il avait trouvé des documents. Des lettres de Marguerite. Des témoignages d'époque. Il savait que mon père l'avait tuée. Il est venu me voir, il y a trois semaines. Il m'a dit : "Monsieur le Maire, j'ai des preuves que votre père était un meurtrier. Ça serait dommage que ça devienne public, non ?"

— Il vous faisait chanter.

— Oui.

— Combien il demandait ?

— Cinquante mille euros. Pour son silence. Pour que les documents "disparaissent".

— Et vous avez payé ?

Un long silence.

— Oui. J'ai payé. Le 20 février. Virement bancaire. Sur un compte aux Bahamas. J'ai les preuves.

Fracas note frénétiquement, ses yeux écarquillés d'incrédulité. Il a l'air d'un enfant découvrant que le Père Noël est en fait un réseau de distribution logistique capitaliste.

— Donc Malvaux vous faisait chanter pour cinquante mille euros. Et six jours plus tard, il meurt. Empoisonné. Dans la même bourrine que Marguerite. De la même manière. Vous trouvez pas ça… pratique ?

Giraudeau lève les mains, paniqué.

— Non ! Non, j'ai pas… Je l'ai pas tué ! Je vous jure ! J'avais payé ! Il avait promis de me laisser tranquille !

— Les maîtres-chanteurs promettent toujours. Et ils reviennent toujours. Parce que c'est plus rentable qu'un emploi normal. Vous le saviez. Vous saviez que Malvaux allait revenir demander plus. Encore et encore. Jusqu'à ce que vous soyez ruiné ou exposé. Alors vous avez décidé de résoudre le problème. Définitivement.

— NON ! crie-t-il. Je l'ai pas tué ! Je suis un lâche, d'accord ! Un lâche qui a protégé un père assassin ! Mais je suis pas un meurtrier !

Sa voix se brise dans un sanglot pathétique.

— Où étiez-vous la nuit du 26 au 27 février, entre vingt-trois heures et une heure du matin ?

— Chez moi ! Avec ma femme ! On regardait un film ! On s'est couchés vers minuit ! Elle peut témoigner !

— Votre femme vous couvrirait. Les épouses font ça.

— Non ! Elle ment pas ! Appelez-la ! Interrogez-la ! Elle dira la vérité !

Il me tend son téléphone avec la frénésie d'un naufragé tendant une bouteille à la mer.

Je prends le téléphone, compose le numéro enregistré sous "Maison", attends.

Une voix féminine répond. Douce, fatiguée.

— Allô ?

— Madame Giraudeau ? Commissaire Fatum, police judiciaire. Votre mari est avec moi. J'ai une question très simple : où était-il la nuit du 26 au 27 février, entre vingt-trois heures et une heure du matin ?

Un silence surpris.

— À la maison. Avec moi. On regardait Le Parrain 2. On l'a commencé vers vingt-deux heures trente. On s'est couchés vers minuit et quart. Pourquoi ?

— Vous en êtes absolument certaine ?

— Oui. Je m'en souviens parce que Yann avait renversé du vin rouge sur le canapé pendant le film. J'ai passé dix minutes à nettoyer. Pourquoi vous me demandez ça ?

Je raccroche.

Merde.

L'alibi tient. Il est précis, détaillé, confirmé par un incident domestique mémorable. Les menteurs inventent rarement des détails aussi banals et embarrassants.

Giraudeau me regarde avec un mélange de soulagement et de terreur résiduelle.

— Je vous l'avais dit. J'étais chez moi. J'ai pas tué Malvaux.

Je me carre dans ma chaise, frustré. Mon cerveau travaille à toute vitesse, recalibrant les hypothèses.

Giraudeau est un lâche. Un complice indirect. Un homme qui a protégé la mémoire d'un meurtrier et qui s'est fait chanter pour ça. Mais il n'est pas l'assassin de Malvaux.

Ce qui me ramène aux autres suspects.

Solenn Berthelot : l'écologiste qui connaît tous les poisons, qui a récolté de l'ergot près de la bourrine, et qui a de la boue fraîche du Charraud Sud sur ses chaussures.

Joël Renaud : le paludier héritier de Marguerite, qui a une réserve d'ergot caché, et qui a juré que "les Giraudeau paieraient un jour".

Amélie Malvaux et Ludovic Chauveau : l'épouse malheureuse et son amant, qui avaient un mobile financier et passionnel combiné.

Trop de suspects. Trop de mobiles. Trop de mensonges.

À ce moment précis, Fracas lève timidement la main, comme un élève en classe qui a une idée mais qui n'est pas sûr qu'elle soit bonne.

— Euh… Hector ?

— Quoi, Fracas ?

— J'ai un truc chelou qui me trotte dans la tête.

— Vas-y. Éclaire-moi avec ta sagesse accidentelle.

Il rougit, mais continue.

— Et si… Et si le tueur voulait pas protéger un secret, justement ? Genre, et si il voulait le révéler ?

Je le regarde, intrigué malgré moi.

— Explique.

— Ben, regarde. Malvaux meurt exactement comme Marguerite. Même bourrine. Même poison. Même mise en scène. C'est trop parfait pour être juste un meurtre. C'est un message, non ? Genre : "Regardez ! Ce qui s'est passé en 1987, c'était ça ! Un empoisonnement ! Pas une mort naturelle !"

Il parle de plus en plus vite, excité par sa propre logique.

— Donc l'assassin a pas tué Malvaux pour le faire taire. Il l'a tué pour faire du bruit. Pour que tout le monde se pose des questions. Pour que la vérité sur 1987 sorte enfin.

Silence.

Un silence stupéfait.

Parce que Fracas, ce miracle maladroit guidé par la providence divine, vient de formuler l'intuition qui me manquait.

Le meurtre de Malvaux n'est pas une couverture. C'est une révélation.

L'assassin a tué Malvaux pour reproduire le crime de 1987. Pour forcer une enquête. Pour que quelqu'un — moi, en l'occurrence — découvre enfin la vérité sur Marguerite Vrignaud.

C'est pas un meurtre pour protéger un secret.

C'est un meurtre pour exposer un secret.

C'est du terrorisme de la vérité.

— Fracas, je dis lentement, t'es un putain de génie accidentel. Je sais pas si c'est de l'intuition ou de la stupidité qui a fait le tour complet pour revenir à l'intelligence, mais c'est brillant.

Félix rayonne comme un enfant qui vient de recevoir son premier 20/20 en maths.

— Carrément ?

— Carrément.

Je me tourne vers Giraudeau, qui nous regarde avec confusion.

— Vous pouvez partir, Monsieur le Maire. Mais restez disponible. Votre complicité passive dans le meurtre de 1987 sera probablement poursuivie. Préparez un avocat. Un bon, si possible.

Il hoche la tête misérablement, se lève, et sort de la salle d'interrogatoire comme un zombie bureaucratique.

Fracas et moi restons seuls.

— Donc, dit-il, si le tueur voulait révéler la vérité… qui ça peut être ?

— Quelqu'un qui connaissait l'histoire de 1987. Quelqu'un qui aimait Marguerite. Quelqu'un qui voulait justice.

— Joël ?

— Possible. Mais Joël aurait tué Giraudeau, pas Malvaux. C'est Giraudeau le fils du meurtrier. C'est lui qui devrait payer, selon la logique de la vengeance.

— Alors qui ?

Je réfléchis.

Solenn Berthelot. L'écologiste militante. Celle qui se bat pour la mémoire du marais. Celle qui connaît tous les poisons. Celle qui a de la boue fraîche de la scène de crime sur ses chaussures.

Mais pourquoi elle tuerait Malvaux pour révéler un crime de 1987 ?

À moins que…

À moins qu'elle ait un lien personnel avec Marguerite.

Un lien que je ne connais pas encore.

Mon téléphone vibre. Un appel. Numéro inconnu.

Je décroche.

— Fatum.

— Commissaire ? C'est Chantal. Chantal Bardot.

Sa voix est tremblante, urgente.

— Madame Bardot ? Qu'est-ce qui se passe ?

— Il faut que vous veniez. Tout de suite. J'ai trouvé quelque chose. Quelque chose d'important. Quelque chose qui change tout.

— Quoi ? Qu'est-ce que vous avez trouvé ?

— Venez. Je vous expliquerai. Mais venez maintenant. Avant que… Avant que quelqu'un d'autre l'apprenne.

Sa voix se brise.

— S'il vous plaît, Commissaire. C'est urgent.

Elle raccroche.

Je reste là, téléphone en main, cerveau en surchauffe.

Fracas me regarde, inquiet.

— C'était qui ?

— Chantal. Elle a trouvé quelque chose. Elle veut qu'on vienne immédiatement.

— On y va ?

Je me lève, attrape ma veste.

— On y va. Maintenant.

Parce que dans mon expérience, quand un témoin clé appelle en urgence et dit qu'il a trouvé "quelque chose qui change tout", ça veut dire deux choses :

Soit il a vraiment trouvé la pièce manquante du puzzle.

Soit il est la pièce manquante du puzzle.

Et dans les deux cas, je dois y aller.

Avant qu'il soit trop tard.


20h15 Route vers Le Bois-Juquaud

Je roule vite. Trop vite pour les routes étroites du Marais Breton, mais pas assez vite pour mon impatience nerveuse. Les phares de ma Peugeot découpent des tunnels de lumière dans l'obscurité épaisse de la campagne vendéenne. Les roseaux bordant la route ondulent dans le vent nocturne comme des spectateurs inquiets.

Fracas est silencieux à côté de moi, ce qui est rare. Il sent que quelque chose d'important est en train de se passer. Que cette enquête approche de son point de bascule.

Mon téléphone posé sur le tableau de bord vibre. Un message de l'identité judiciaire. Résultats préliminaires de l'analyse du poison trouvé chez Joël Renaud.

Je jette un coup d'œil rapide en conduisant.

"Ergot de seigle analysé. Composition identique à celle trouvée dans l'estomac de la victime. Mais attention : l'ergot du suspect semble plus ancien (plusieurs mois) tandis que celui de la victime est frais (récolté il y a 2-3 semaines max). Conclusion : le suspect possédait de l'ergot, mais ce n'est probablement pas celui utilisé pour le meurtre."

Je fronce les sourcils.

Donc Joël avait bien de l'ergot. Mais pas le bon. Pas celui qui a tué Malvaux.

Ce qui signifie que quelqu'un d'autre a récolté de l'ergot frais récemment.

Quelqu'un comme Solenn Berthelot.

Qui a admis avoir récolté de l'ergot le 15 février. Douze jours avant le meurtre. Exactement le bon timing.

Mon cerveau assemble les pièces.

Solenn Berthelot.

Écologiste militante.

Connaissance encyclopédique des plantes toxiques.

Boue fraîche de la scène de crime sur ses chaussures.

Ergot récolté récemment près de la bourrine.

Motivation : protéger le marais. Révéler la vérité sur 1987.

Mobile : Malvaux représentait tout ce qu'elle détestait. Et en le tuant de la même manière que Marguerite, elle forçait la vérité à éclater.

Ça tient.

Ça tient trop bien.

Ce qui me rend nerveux. Parce que quand une théorie est trop parfaite, c'est souvent qu'elle est fausse.

— Hector ? murmure Fracas. Tu crois que c'est Solenn ?

— Je crois que tous les indices pointent vers elle. Ce qui me fait peur. Parce que soit elle est coupable et incroyablement stupide de laisser autant de preuves. Soit elle est innocente et quelqu'un l'a piégée.

— Qui pourrait la piéger ?

— Quelqu'un d'intelligent. Quelqu'un qui connaît bien le marais. Quelqu'un qui voulait qu'elle soit suspectée.

— Genre qui ?

Avant que je puisse répondre, nous arrivons devant la maison de Chantal Bardot.

Toutes les lumières sont allumées. La porte d'entrée est entrouverte.

Ce qui n'est pas normal.

Chantal est trop prudente pour laisser sa porte ouverte la nuit.

Je me gare brusquement, sors de la voiture, la main instinctivement près de mon arme de service.

— Fracas. Reste derrière moi.

— Hector, t'es sûr que…

— Reste derrière moi.

Nous approchons de la maison. J'appelle :

— Madame Bardot ? Chantal ? Vous êtes là ?

Pas de réponse.

Je pousse la porte doucement. Elle grince comme dans un film d'horreur à petit budget.

L'intérieur est exactement comme ce matin. Cuisine immaculée. Photos aux murs. Table en bois massif.

Mais Chantal n'est pas là.

Sur la table, une boîte en fer-blanc. Ouverte.

À l'intérieur : des photos. Vieilles. Jaunies.

Je m'approche, enfile mes gants, examine les photos.

La première montre Marguerite Vrignaud. Devant la bourrine. Avec une jeune femme d'une vingtaine d'années. Cheveux noirs, visage déterminé.

Au dos de la photo, une inscription à l'encre bleue :

"Marguerite et Solenn — 1983 — Adoption officielle"

Mon cœur s'arrête.

Solenn.

Solenn Berthelot.

Fille adoptive de Marguerite Vrignaud.

Tout s'illumine dans mon cerveau comme un sapin de Noël connecté à une centrale nucléaire.

Solenn n'était pas juste une écologiste militante défendant le marais.

Elle était la fille de Marguerite.

Elle savait que sa mère adoptive avait été assassinée en 1987.

Et elle a attendu trente-huit ans pour venger sa mort.

En tuant Malvaux de la même manière. Pour exposer le crime. Pour forcer la vérité.

— Fracas, je murmure. On a notre coupable.

Mais avant qu'il puisse répondre, j'entends un bruit derrière nous.

Un craquement.

Je me retourne.

Chantal Bardot se tient dans l'embrasure de la porte.

Les mains tremblantes.

Les yeux rougis.

Et dans sa voix, une tristesse infinie :

— Je suis désolée, Commissaire. J'aurais dû vous le dire plus tôt. Mais j'avais promis à Solenn de garder le secret. Et maintenant… maintenant c'est trop tard.

Elle s'effondre sur une chaise, pleurant silencieusement.

— Solenn est la fille de Marguerite. Et oui. Elle l'a fait. Elle a tué Malvaux. Pour que tout le monde sache. Pour que la vérité sorte enfin.

Le silence dans la cuisine est total.

Absolu.

Définitif.

Nous avons notre coupable.

Maintenant, il faut l'arrêter.